Nigel Bailly du fauteuil roulant… aux 24 Heures du Mans !

14 août 2021 à 07h04

Nigel Bailly du fauteuil roulant… aux 24 Heures du Mans.

L’histoire est belle. Incroyable, même ! Preuve ultime que dans la vie, il ne faut jamais renoncer à ses rêves. Ce dimanche, Nigel Bailly, paraplégique depuis son adolescence, participera à la Journée Test des 24 Heures du Mans. Et quelques jours plus tard, il sera au départ de la plus grande course du monde au volant d’un bolide de la catégorie LMP2. Avec le sourire, une foi à toute épreuve, et la volonté de prendre un maximum de plaisir…

 

La carrière de Nigel Bailly en sports mécaniques a débuté par le motocross… avant de s’interrompre brutalement. Alors qu’il était âgé de 14 ans, une très vilaine chute laissait le jeune garçon paraplégique. Condamné à ‘la chaise’ pour le reste de ses jours. Adieu, compétition ? Même pas ! Deux années plus tard, Nigel prenait part à ses premières courses de karting, et une fois des études dans les secteurs de l’immobilier et de la gestion achevées, il abordait le sport automobile via la série belge BGDC, au volant d’une Renault Clio Cup aux commandes adaptées…

 

« Je n’avais aucune vue sur l’avenir, aucun plan de carrière, conscient que mon handicap n’était pas de nature à m’ouvrir les portes, explique Nigel. Puis, en juin 2017, j’ai entendu parler du projet de Frédéric Sausset et sa Filière : permettre à un équipage de pilotes souffrant d’un handicap de prendre le départ des 24 Heures du Mans en 2020 ! J’ai rentré mon engagement, sans conviction, par acquit de conscience, et la surprise a été énorme : j’allais faire partie de cette incroyable aventure ! Direction la Sarthe ! »

 

Débutait alors un programme de préparation qui allait passer par différentes épreuves aux commandes d’un prototype LMP3, dans le cadre de la série V de V, puis de l’Ultimate Cup Series, sans oublier une participation à Road To Le Mans, sur le… Circuit des 24 Heures ! « Ces courses en LMP3 ont permis d’apprendre les fondamentaux, poursuit Bailly. Et je dois dire qu’au début, quand on vient du BGDC, se retrouver au volant d’un proto de 420 chevaux et 930 kilos, avec de l’aéro, c’est plutôt intimidant. Ce genre de bolide tourne tout de même 4 secondes plus vite qu’une GT3 à Spa ! »

 

Après le LMP3 est arrivée le LMP2, l’Oreca 07 La Filière Frédéric Sausset by SRT41 préparée par Graff Racing, mais aussi… la crise sanitaire mondiale ! « Le projet de participation au Mans, prévu pour 2020, a été reculé d’un an. C’est donc cette année que j’ai pu prendre part aux tests de l’European Le Mans Series, avant de disputer les courses de Barcelone et du Paul Ricard. Et nous y voilà, dans la Sarthe, à deux jours de la Journée Test des 24 Heures du Mans ! Le public sera de retour, la météo s’annonce sympa, et physiquement, je pense qu’il n’y aura pas de problème. Bien sûr, on aurait pu disputer plus de courses préparatoires, mais on ne refait pas l’histoire. Il s’agira évidemment de faire preuve d’humilité, de force mentale et d’intelligence une fois les 24 Heures lancées. Mais après Road To Le Mans, je sais où je mets les roues, l’équipe qui nous entoure est excellente, et je compte en profiter au maximum. Pensez donc, dans les Hunaudières, on va dépasser les 325 à 330 km/h ! Le Circuit des 24 Heures, c’est tout simplement grandiose, à nous de faire notre place… »

 

Pour Nigel Bailly et l’ensemble de l’équipe La Filière Frédéric Sausset by SRT41, l’objectif sera avant tout d’aller au bout de l’aventure, de boucler les deux tours d’horloge et franchir le drapeau à damier… « Il est important de savoir que notre Oreca 07 LMP2 accusera 35 kilos en plus que les autres bolides de la catégorie, en raison des commandes spécifiques. En outre, nous perdrons logiquement du temps lors de chaque changement de pilote. Bref, il nous faudra faire preuve de régularité, ne pas chercher le dernier carat, et gérer notre course en bons pères de famille. A Barcelone et au Ricard, aucun autre pilote de LMP2 n’a eu à se plaindre de notre présence en piste. Ce qui est rassurant. Mais l’apprentissage va se poursuivre lors des essais et la course, et la tension est forcément palpable. Le Mans, c’est Le Mans. C’est unique… »

 

Nigel Bailly laisse glisser son regard en direction de la Chicane Dunlop… En cette fin de semaine, au fond de lui, il doit sans doute se pincer pour y croire. « C’est inespéré ! Il y a tant de choses à découvrir en si peu de temps. Mais quelle formidable promotion pour les personnes à mobilité réduite qui veulent s’adonner au sport automobile ! Au cours des prochains jours, je veillerai à rester humble… mais je profiterai de chaque instant. De longs mois durant, Le Mans a constitué un rêve. Cette fois, place à la réalité… »

 

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